[Vital Kamerhe, l’ « intellectuel » jusqu'au bout]

[Vital Kamerhe, l’ « intellectuel » jusqu'au bout]

⛔️ interdit aux allergiques des textes longs.

Je n'ai pas suivi le prononcé du jugement dans l'affaire Kamerhe. Ni en direct, ni en différé. Mes Samedi et mes Dimanche sont généralement consacrés à la littérature.

Je monte sur des mots, des phrases, des mots inventés, des expressions venues de nulle part, les miens et ceux des autres, je monte dessus et je regarde cette littérature vivante qui est notre monde en particulier notre pays. Ce devrait être une raison de plus pour suivre ce Roman magnifique, ce procès des 100 jours, autant la petite histoire d'un homme somme toute petit comme nous tous, qui est apparu dans ses petitesses, et la grande histoire, qui s'est peut-être jouée ce jour là.

Ceux qui aiment faire délirer les chiffres ont bien remarqué que c'était l'ancien directeur de campagne du candidat président numéro 20, qui a été condamné le 20 juin 2020 à 20 ans de prison, en fait des travaux forcés ( ça c'est une autre histoire).

Je crois que si j'ai choisi de faire l'impasse sur ce grand moment de faux suspens national, c'est parce que je craignais les réactions contradictoires en moi du juriste, du citoyen et de l'écrivain. Le juriste savait qu'il serait déçu, ce procès mené tambour battant a trop montré les failles de notre "appareil" judiciaire pour qu'il en soit autrement. Le citoyen souhaitait cette condamnation, ce premier jalon vers l'instauration vers la peur de la punition qui fait tellement défaut dans notre gouvernance. L'écrivain était sur qu'il y aurait quoi qu'il en soit matière à nourrir le Roman du Congo qu’il lit avec délectation, ce Roman qui s’écrit lui-même au gré de ses errements, au gré de ses déchirements, au gré de ses folies.

Je n’ai donc pas suivi en direct ce prononcé. J'ai entendu au loin, la toile s'agiter. Mais c'était des lointains échos, coupure Facebook faisant. Ceux qui se réjouissaient de la condamnation, ceux qui décriaient le fameux manque de preuves, ceux qui avaient de la compassion pour l'homme, son épouse ou sa mère.

Le lundi matin j'ai lu le jugement. Je suis resté partagé entre les raccordements faciles, carrément facétieux pour justifier ses réponses sur les moyens de forme ( je n'en reviens pas que la motivation ait été autant vanté sur les RS, les juristes ont-ils été impressionnés par sa longueur et les fameuses, {envie d'écrire fumeuses} références "jurisprudentielles ?) et les raccourcis pour les moyens de fond, dune part et d'autre part par ma satisfaction citoyenne de voir, peu importe que certaines formes soient bousculées, derrière les barreaux, un de nos "voleurs". En effet, il ne faisait aucun doute au regard des faits, la culpabilité de sieur Vital. Toutefois, il me paraissait difficile de fermer les yeux en juriste soigneux sur les acrobaties pour parvenir à certaines solutions. Tenez le Juge a inventé : la dévolution de la compétence pénale par déduction, sa propre compétence pour vider une question d'inconstitutionnalité en se référant à un précédent de la Cour constitutionnelle, une prétendue impertinence de l'exercice concurrente d'une requête en inconstitutionnalité en plus de l'exception dûment soulevée à l'audience, sans oublier une curieuse compétence nationale des procureurs au delà de leur ressort. Au fond, le juge a maintenu le raccourci spécieux par lequel la République soutenait que le contrat était tombé "caduc", parce que son avenant n'avait jamais été conclu (curieuse déduction, je suis d'accord que l'avenant n'a jamais été regulièrement conclu, mais la caducité du contrat d'origine vient d'où ?), tout en en tirant quand même effet, en déduisant les paiements effectués par SAMIBO en exécution dudit « contrat ». Il y a beaucoup à dire.

Cela dit au final, je suis bien content que ce procès ait eu lieu. Que les desseins souterrains en aient été politiques ne m'émeut que peu. Celui qui a ouvert la vraie boîte de Pandore, c'est Fatshi en " laissant" ce procès se faire. Je ne sais pas s'il suffira comme prophylaxie didactique, je l'espère, et en tout cas, je sais que ce jalon peut prospérer, peut-être même hors des calculs de ses initiateurs. Car ce qui est particulièrement intéressant avec l'histoire, c'est que personne n'est jamais maître du destin des graines qu'il sème.

Si je ne sais pas de quoi sera fait le destin de cet "intellectuel" autoproclamé, l'Histoire congolaise et mondiale récente, m'a rendu frileux à pronostiquer "demain", je me contente de la satisfaction a minima que désormais, ils savent tous que personne n'est totalement à l'abri de devoir rendre compte en direct à la RTNC de ce qu'ils font de nos deniers publics ou de toutes autres de leurs actions.

Quand il m'arrive à être tenté d'avoir de la peine pour lui ou ses proches, je pense à toutes ses mères qui ont l'âge de sa mère qui ont été privé d'une meilleure vie à cause des gens comme lui, je pense à tous ces jeunes maçons qui auraient eu une part de ces 57 millions si des maisons en dur avaient été construites ici sur place n'eut été la voracité qui a présidé à ce programme de 100 jours, au sujet duquel je continue de croire que le président de la République nous doit des excuses, na esprit ya bien.

En attendant j'ai comme une envie de crier Fatshi Béton (envie que je réprime tout de suite). Mais je crierai peut-être Kaluba béton, parce que grâce à lui, à un de ces moments d'éclairci quasi-transcendant de ce procès, je pourrais dire à l'un ou l'autre de ces pachas qui nous narguent du haut des fortunes mal acquise sur nos dos : tu n'es rien car tu n'es pas de la classe « des gens qui ont, comme la morale, le bien commun comme valeur absolue », tu n'es donc rien, rien du tout, et surtout pas un intellectuel, jusqu'au bout, tu n'es rien.

@biatitudes
(Intellectuel autoproclamé comme l’autre là).

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