C’est la fête des parents. Et la journée commémorative des morts.

C’est la fête des parents. Et la journée commémorative des morts.

C’est la fête des parents. Et la journée commémorative des morts. Avec une espérance de vie congolaise qui n’atteint que difficilement les 60 ans, c’est un alliage bien réaliste, cette double célébration. Au dessus de 35 ans, c’est une véritable anomalie statistique d’avoir ses deux parents en vie.

Moi c’est la fête de mon père. C’est pleinement sa fête. A double titre de parent et de mort. De toutes mes années de littérature. Je ne lui avais jamais écrit une pièce de mots, de verbes, de phrases avec prétention d’être de la littérature. Chaque fois que j’essayais de la faire, je voyais le trou noir dans lequel m’avais laissé son départ un peu beaucoup précoce. Et ce trou noir, souvent triste, souvent chagrin, souvent rempli de souvenir douloureux, de souvenirs d’absence, des souvenirs de ces cris lancés à l’inconnu « Papa ! Papa ! » et laissés sous la porte des silences persistants.

Ça a été le trou noir, jusqu’au jour où je suis devenu père. Devenir père, c’est apprendre que beaucoup de l’héritage se donne en silence avant la naissance. Cette affaire de génétique, c’est beaucoup plus sérieux que je ne le pensais ! Ma fille me ressemble ? C’est un débat assez houleux auquel les familles africaines s’adonnent avec un appétit friand. Mais au-delà de son sourire, le mien, sans montrer les dents, que je reconnais aujourd’hui sur les photos de mon père, et dont elle nous a gratifié dès le premier jour, au-delà de ses tics que je croyais acquis, une façon de plisser les lèvres, une façon de sourire en dormant, une façon de marcher de ma mère, il y a cette façon mienne de regarder le monde et de se tenir debout en position de course, que je n’ai pas pu lui apprendre mais qu’elle sait déjà. Ma fille m’a appris à regarder mes pères et mères et mieux voir leur héritage précieux d’ADN. Et même à mieux regarder sa mère, son regard franc et droit. Et même à retomber amoureux de son menton et de son visage ovale.

Et puis il y a ces choses que l’on transmet. Cet amour des livres, je ne sais trop bien comment que j’ai eu de mon père pourtant abonné absent dès le départ, elle ma fille l’a déjà. A force de buter dessus dans toute la maison, elle s’en est fait des alliés, des compagnons de jeu. Parmi les plus belles scènes, il y a celle assise sur le fauteuil, le mien, mon préféré, elle mime de lire, elle ne sait pas encore le faire, avec attention un de mes livres, tourne les pages, le plus sérieusement possible Mais … le livre est à l’envers 😂. Elle m’imite ! Je sais donc que je peux lui transmettre des choses.

Mais je sais aussi, quand elle me dit non, et me regarde avec un air de défi, que ni mon héritage génétique, ni mes efforts de transmission ne l’empêcheront jamais d’être elle-même, exemplaire unique, semblable à nous et différente. Alors là, je pense à ma mère, toutes ces choses qu’elle n’a pas réussi à m’inculquer, à cet homme qu’elle a certainement rêver de façonner, et qu’elle a certainement échoué à fabriquer. Je pense à tout ça ? Non. Je pense surtout à ses efforts et à son amour. Les contorsions qu’aujourd’hui je comprend mieux, qu’elle a dû faire pour m’aider à me tenir debout, debout pour la vie, et en position de course.

Depuis ma fille, c’est avec respect que je regarde la besogneuse tache des parents, légataire de traits de caractère qu’on ne choisi pas, transmetteur de valeurs sans avoir aucune certitude d’y réussir, depuis ma fille, je pense à mon père avec tendresse, je pense que je lui ai pardonné d’être parti trop tôt, je pense que j’ai appris à apprécier, ses legs, génétiques et matériels, j’ai rétabli le dialogue, je lui ai enfin écrit un poème. Depuis ma fille, j’ai apprécié les efforts de ma mère, je sais maintenant à quel point ses choix de vie, m’avait au centre. J’ai mesuré ses efforts et ses sacrifices.

Depuis ma fille, j’ai mieux assumé d’être totalement moi-même, j’ai publié deux livres, et ce n’est pas un hasard.

Il y a certainement mille façon d’être parent. La mienne, c’est apprendre en même temps, moi-même à mieux devenir un humain, tout en essayant de l’apprendre à ma fille. Heureusement que je ne suis pas seul hein. Bonne fête des parents à tous ceux qui sont arrivés à la fin du texte 😂.

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