Mes échecs ( troisième partie )

Mes échecs ( troisième partie )

Le 31 janvier 2006, je devins avocat. Un rêve d’enfant accompli. Devant ma mère, ma future femme, les miens. En particulier un Confrere, mon oncle JR, sans doute responsable de cette vocation persistante.

Dit en passant, je dois à sa bibliothèque mon amour des livres. Une émotion particulière m’étreignit la poitrine ce jour-là. Seule ombre au tableau, je n’étais pas au majestueux bien que vétuste Palais de justice de la Gombe. Celui-ci était en travaux, et la Cour d’Appel était délocalisée dans les bâtiments de l’ancienne Nouvelle Banque de Kinshasa, ancienne Banque de Kinshasa, ancien fleuron de l’empire financier de Dokolo Augustin spolié, se raconte-t-il par le régime Mobutu, tout un symbole.

Peu importe me voici avocat. La veille dans le plus grand secret, j’avais fait imprimer des cartes visites. Des affreuses cartes de visites sur papier cartonné bleu ou vert, je ne sais plus. Après la cérémonie, j’en distribuai à mes proches. Il n’y eut que ma copine à l’époque ( mon épouse) pour avoir le courage de doucher mon enthousiasme : « jette ça, c’est trop vilain». Nous en rîmes !

Devenir avocat était un événement important de ma vie. C’est un événement dans la vie de quiconque d’ailleurs. J’ai vu les yeux d’anciens hauts-magistrats et ministres brillaient d’une lueur de fierté à l’heure de leur prestation de serment. Mais financièrement, ça ne résolvait pas du tout mes soucis immédiats. Mon revenu faisait tout de même un véritable bond : je passais de mes frais de transport défrayés rubis sur ongle à un forfait qui tutoyait sans le dépasser le fameux kamar basique !

Ce n’était pas rien. Avant ma prestation de serment, Je devais souvent pour espérer prendre un fanta à la pause, compter sur le patron de ma copine ( qui travaillait dans un syndicat) qui lui payait à l’improviste des sommes aléatoires, mais souvent lui fournissait un transport un peu plus heureux que le mien. J’emportais de chez ma tante où je créchai mon pain « de la maison », espérant le compléter par un sucré grâce à la générosité de Mikala Bia . Tenez, un jour j’étais déjà descendu du deuxième étage de l’immeuble qui abritait le cabinet pour attendre ma bien-aimée 😅. Elle est arrivée. Mais rien qu’à son regard, j’ai compris que ce jour là ce fichu Président de syndicat avait encore fait des siennes. De dépit, je jetai ma baguette de pain dans un trou. Et tristement, remonta plier mes bagages pour rentrer chez moi, découragé.

Notre vie n’était pas triste pour autant. Parfois, sur nos trajets de Magellan ( en général Bon marché-gare central où elle prenait son taxi pour chez elle), on refaisait le monde et l’ambiance était souvent animée et meublée de fou-rire. Et les week-ends, grand seigneur, je sacrifiais mon budget de transport de la semaine, dans une sortie pour le plaisir de ma dulcinée.

Mon nouveau revenu d’avocat n’était donc pas négligeable, d’autant plus que grâce à un aîné rencontré au cabinet de Me Raoul K.K., Patrick et son ami Me TK, un ancien de mon avenue à Lemba, je le complétais de temps en temps par de l’argent gagné dans diverses procédures. Ces deux-là m’ont tenu la main au début de la profession comme les frères qu’ils sont restés depuis. D’ailleurs, grâce à eux, je gagnais bientôt mon premier Kamar à deux zéros. Une fête je vous dis.

La vie n’était pas rose cependant. Pas tous les jours, en tout cas. Comme ce jour-là, les poches vides exceptés mon billet de taxi retour, le soir. Mais un client m’avait promis des frais pour une procédure d’obtention de jugement supplétif, une belle somme 🙈. Son appel tardant à venir, et n’ayant pas de crédit dans mon téléphone, je cours secouer sa mémoire défaillante par un appel à la cabine la plus proche, sacrifiant ainsi mes frais de taxi. Qui ne risque rien n’a rien, n’est-ce pas ? Justement, ce soir là je n’ai rien eu. Je suis « entré » dans la boite vocale sans l’atteindre, sommé de payer sans avoir bénéficier du service. Pendant que je revenais vers mon bureau, un ami de promotion me héla ! Lui était fraîchement engagé à Airtel, le rêve à l’époque, il me dit en riant, blaguant sans doute de bonne foi : « toi tu continues avec tes rêves d’avocat ? Oko bamba mbati ». Sa blague dont j’aurai ri en d’autres circonstances, cet après midi là me
fit l’effet d’un coup de massue sur ma pauvre tête.

Il fallait donc que je sorte de cette situation. La nouvelle ne pouvait donc que bien tomber. Le Cabinet L. dans lequel officiait Me TK recherchait un avocat. « Tu veux bien tenter ta chance ? J’ai parlé de toi au prof. Pour moi tu es la personne qu’il faut. » me dit celui-ci. Plusieurs semaines plus tard. Plusieurs coup de fil, rendez vous manqué plus tard, j’obtenais l’opportunité de passer une interview devant et par le Maître lui-même, le redoutable et célèbre Maître et professeur L.

Le bureau était somptueux. Il avait l’air de sérieux avec son embonpoint de gentil grand père, mais des yeux rieurs du jeune homme qu’il n’avait jamais cessé d’être, d’ailleurs « des garçons comme nous » disait-il en parlant de lui-même.
L’entretien fut bref. « Je vois que tu as inscrit sur ton CV que ta spécialité en droit, c’est le droit social ? ». Avec assurance et plutôt en confiance, je répondis : « entre autres ».

« Je travaille sur mon livre sur l’arbitrage. Je réfléchis actuellement sur la question de l’arbitrabilité des litiges de travail. Quel est ton avis là dessus ? »

Trente secondes à me rendre compte que je ne connaissais rien à la question. Trente autres secondes à me lancer dans une péroraison intelligente pour couvrir mon ignorance. Le Prof. en avait vu d’autres. Il souriait d’un air moqueur. Il me dit : « Maître, tu as échoué sur un sujet de ton propre domaine de spécialité ? »

J’étais abbatu. Il se leva pour signifier le congé. J’avais loupé une magnifique opportunité. « Cher Maître, nous allons peut être avoir l’occasion de nous revoir. Bonne chance pour ta carrière ! »

Entre temps, un de mes amis un peu bavard avait déjà diffusé à la moitié de la ville l’annonce de mon interview. je recevais donc des appels de mes amis me félicitant ... alors que je venais d’échouer lamentablement.

Encore un échec !

#MesEchecs
#MaViedAvocat

@Biatitudes,

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